│ Jane Eyre, un livre picaresque ? │

Pour ceux et celles qui ne connaissent pas le terme de « littérature picaresque », quelques définitions s’imposent : Se dit d’œuvres littéraires dont le héros traverse toute une série d’aventures qui sont pour lui l’occasion de contester l’ordre social établi.

Les « roman de la route », la « littérature picaresque ».

Comme roman influent dans ce genre il peut y avoir : La vie de Lazarillo de Tormès, Le voyageur malchanceux, Le page disgracié, Don Quichotte… Ils peuvent aussi faire partie du genre des « roman de la route ». La logique de ces romans est que le fil conducteur est le déplacement, mettant en scène des personnages marginaux. 

Les auberges deviennent des campements, des points de rendez-vous, des carrefours dans les livres, comme on peut le voir dans Don Quichotte, ou bien même La vie de Lazarillo de Tormès. Ou bien même dans les arrivés dans les villes. Mais aussi la question de la langue, comme dans Le voyageur Malchanceux en arrivant en Italie avec le traducteur. 

Ce qui est typique aussi sont les scènes de fuites, de poursuites ou bien même des scènes rétrospectives, de halte. Quand le personnage s’arrête quelque temps, il prend le temps de repenser à ce qu’il a fait dans le passé. 

Dans ce genre de roman, il y a une évolution des personnages du début à la fin de l’histoire. Tandis que dans les épopée ou dans les histoires grecs, il n’y a pas forcément d’évolution, malgré un grand nombre d’action. 

Ce qui est plus décisif, c’est l’évolution de la personnalité. Le fait que le personnage arrive à une forme de maturité, qui devient donc quelqu’un.

Ce sont des romans qui se déroulent dans des lieux réelles, dans une réalité un peu agressive, très triviale : avec l’intervention de tavernier, de prostitué, des bourreaux, des soldats (alcoolique plus qu’héroïque)…  Il y a un changement de bocal, avec l’utilisation d’objets triviaux. Pour Thomas Nash et Tristan l’Hermite, il y a une certaine réalité choquante. Tandis que certains passages peuvent être tragiques au milieu de passage pleins de bouffonneries Elisabéthain. 

Souvent on peut définir le roman picaresque avec les traits réalistes et écrit à la première personne.

Le terme « picaresque » n’est pas à confondre avec le terme de « gueuserie » dont font partie ces romans avec ces histoires de pègre errante. C’est donc des romans picaresque qu’arrive la création de ces romans, où le personnage principal est un vagabond, un mendiant ou même un voleur, qui parcourt les routes à côté de nombreux maîtres différents et qui n’a ni métier, ni attache concrète. Ces romans sont sous forme autobiographique, afin de donner vie au personnage. Ce qu’il ne faut pas oublier, surtout, c’est que le protagoniste d’un roman picaresque est un anti-héros, appelé un pícaro. En définitive, le pícaro est le protagoniste né dans une catégorie sociale basse, avec des parents délinquants ou même marginaux. Quant à sa situation originale, il fera tout pour y échapper en usant de stratagème et supercherie.

Il pourrait presque être un « n’importe qui ». À la fois narrateur et protagoniste, le pícaro raconte son passé pour faire réfléchir le lecteur sur sa condition et sur son existence, tout en gardant un certain poids moralisateur, c’est-à-dire que le récit du protagoniste n’amène le lecteur qu’à voir son parcours, mais surtout, sa déchéance. Le genre picaresque se raconte en effet d’après un modèle épistolaire, rythmé par des événements marquant la vie du protagoniste. Mais surtout, la caractéristique majeure de ce genre est bien : la satire de la société.

Jane Eyre, un « livre picaresque » ?

Après ma nouvelle lecture de ce classique de la littérature anglaise, je me suis posée des questions. Jane Eyre n’est qu’une orpheline qui devra voyager à travers quelques maisons afin de trouver un but. Elle se fera tromper, critiquer, juger, frapper au travers de sa vie. Même si elle ne devra pas elle-même trompée.

En effet, même s’il n’y a pas une réelle critique de la société comme il est assez courant dans la littérature picaresque ou même une déchéance aussi marqué que dans La vie de Lazarillo de Tormès, on peut voir en elle une sorte de picaró.

C’est bien sur un livre d’apprentissage, comme Le page disgracié de Tristan L’Hermite, nous y découvrons l’apprentissage de Jane Eyre en tant qu’enfant, au côté de certains modèles comme Helen Burns ou même Miss Temble lorsqu’elle était à Lowood. On la voit quitter le nid petit-à-petit pour devenir elle-même une enseignante, celle qui deviendra donc le modèle d’une autre enfant.

Par la suite, on peut aussi voir ses échecs, ses déchéances, ses malheurs. Il est courant de voir dans la littérature picaresque des moments ainsi, où le picaró ne sait plus où il en est, ce qu’il doit faire, ce qu’il peut faire. Il n’a jamais eu de réel attache et donc, a une certaine réticence envers l’ordre et les règles.

On voit en Jane Eyre une femme qui cherche l’indépendance, qui cherche à s’en sortir seule, qui ne compte pas vraiment sur l’aide des autres et qui voudra s’en sortir par ses propres moyens. Ce caractère permet une certaine relation avec le rôle du picaró qui cherchera toujours à s’élever davantage jusqu’à devenir quelqu’un.

Nous la voyons vaquer sur la route, d’abord de chez ses parents, puis jusqu’à Gateshead, encore jusqu’à Lowood, puis à Thornfield, puis à Marsh-End pour repartir en direction de Ferndean. Chacun de ces voyages permit à Jane de rencontrer un nouveau maître, de découvrir une nouvelle facette d’elle-même. C’est ainsi que se passe la vie d’un picaró.

C’est une sorte d’auto-biographie tout le long du roman, écrite à la première personne, on voit l’évolution de Jane de son point de vue.

Pour autant, il y a aussi de nombreux faits qui réfutent cette hypothèse. Il n’y a pas de ruse ou de tromperie pour arriver à s’en sortir. Jane reste toujours honnête et innocente, même quand on l’accuse du contraire. Et il n’y a pas de réel critique de la société, il n’y a pas non plus de satyre sur les personnes de l’ordre (police, Église, maître…). Mais pour garder une touche de picaresque, je peux quand même dire que le roman dépeint une réalité de la société, sans nécessairement la critiquer, mais la montre sur un point de vue réaliste et qui peut être assez froid.

Bien sûr, la romance tâchera d’enjoliver tout ça petit-à-petit. Le personnage d’Edward Rochester arrive à apaiser un peu tous les doutes de Jane, au fur et à mesure. Alors qu’elle commence l’histoire avec une attitude de « laide », elle finira en tant que « belle » jeune femme amoureuse, heureuse et épanouie. J’avoue que, sur ce point, je ne peux rien y redire : ce n’est pas picaresque. 

C’est donc assez confus pour moi, pourtant, en l’ayant relu : je ne pouvais pas ne pas y penser. De nombreux points (pour moi) semblent le placer en tant que roman picaresque, mais beaucoup d’autre me le réfutent si facilement. Je ne saurais dire, pour être honnête… Mais j’avoue que cette petite remarque m’a permis de m’épancher sur le sujet et m’a aidé à mettre au clair quelques idées assez infondés jusqu’alors.

Quant à vous, connaissiez-vous le terme de picaresque ? Et si oui, pensez-vous que Jane Eyre fait partie de ce genre de la littérature ?

3 commentaires sur “│ Jane Eyre, un livre picaresque ? │

    1. C’est un genre que j’ai découvert cet année en classe de littérature comparé. Quand j’ai relu Jane Eyre, j’ai tout de suite cru que ça en était un… Mais peut-être que je me trompe ! Tu n’auras qu’à me dire ce que tu en penses.

      Aimé par 1 personne

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